Un passé glorieux
Un retour en grâce à haut risque ?
Des avantages incontestables
 

Le charbon, bouc émissaire de l'énergie?


Un passé glorieux

L'histoire du charbon est intimement liée à celle de notre monde moderne. Le XIXème siècle fut l'âge d'or de ce combustible et jusqu'après la seconde guerre mondiale, il a progressivement envahi toutes les sphères de la société occidentale (voir aussi : Évolution des préoccupations, "L'énergie, colonne vertébrale du développement..."). Grâce au charbon, les machines à vapeur ont permis le développement extraordinaire des transports ferroviaires et donc de la mobilité. C'est encore le charbon qui s'imposa dans l'industrie, dans la sphère domestique et dans la production électrique. Il resta longtemps le symbole même du développement, les grands centres industriels se sont concentrés le long des bassins houillers, les luttes sociales y sont nées. L'importance de ce combustible fut telle qu'il marqua profondément jusqu'à nos cultures, les "gueules noires" font désormais partie de notre patrimoine historique. C'est aussi le charbon qui est à l'origine des vagues massives d'immigration italienne de l'immédiat après-guerre. À l'époque, dans un pays en reconstruction, la priorité était de gagner la bataille du charbon et les bras manquaient pour relever ce défi vital, c'est pourquoi notre pays fit appel à la main d'oeuvre étrangère.


Un retour en grâce à haut risque?

 

Figure : Évolution de la part des combustibles dans la consommation intérieure brute
Source : ICEDD pour le SPW - DGO4

S'il fait son grand retour sur la scène mondiale, le charbon est aujourd'hui un combustible en déclin en Europe et certainement en Wallonie. Plusieurs raisons sont en cause. Premièrement, si on le compare à ses cousins fossiles, le pétrole et le gaz naturel, le charbon n'est pas très commode à utiliser. Il nécessite de grands espaces de stockage, il émet quantité de poussières. Solide, il s'injecte moins facilement dans une chambre de combustion, difficile d'envisager une voiture roulant à l'anthracite. Dans le secteur domestique également, brûler du charbon est nettement moins confortable que de chauffer au mazout ou au gaz naturel. Le charbon doit être chargé manuellement, il est sale, il produit des cendres qu'il faut récolter et éliminer. Dans l'industrie et dans la production électrique enfin, le charbon nécessite, outre de grandes capacités de stockage, des systèmes de préparation de combustibles (broyeurs), d'alimentation des brûleurs (bandes transporteuses, …) et de traitement des fumées complexes et donc onéreux.

Le charbon est par ailleurs un combustible qui présente de nombreux inconvénients environnementaux. De toutes les ressources fossiles, c'est lui qui contient la plus forte teneur en soufre. Il émet des poussières et des cendres qui doivent être capturées à grands frais. Mais surtout, il est un puissant émetteur de CO2. La production d'un gigajoule de chaleur d'origine solide émet ainsi près de deux fois plus de dioxyde de carbone que le gaz naturel. Dans un monde où les préoccupations liées à l'effet de serre augmentent sans cesse, cette caractéristique est devenue un handicap rédhibitoire. Il est toutefois étonnant de rappeler que c'est une préoccupation de type écologique qui a imposé la houille comme combustible incontournable. C'est en effet la disparition rapide des forêts anglaises à l'aube de la révolution industrielle qui a amené les ingénieurs de l'époque à se tourner vers des sources d'énergie qu'on aurait pu à l'époque qualifier d'alternatives.

Toutefois, la soif énergétique des pays émergents mêlée à l'instabilité géopolitique chronique des principales zones productrices de pétrole pousse dès aujourd'hui la consommation mondiale de charbon à la hausse. La Chine s'équipe massivement de centrales électriques au charbon, la liquélaction du charbon qui produira des combustibles de synthèse par le procédé Fischer-Tropsch devient une réalité dans plusieurs pays dont la Chine, encore elle. A ce rythme, il est très vraisemblable que le charbon qu'on avait un peu vite oublié deviendra le combustible incontournable de ce XXIème siècle. On constate d'ailleurs que, de tous les combustibles fossiles, c'est le charbon qui a connu la croissance la plus vigoureuse depuis 2000.

Carte : Ressources mondiales d'énergie fossile. Source : BP Statistical Review of World Energy


Des avantages incontestables

Portés par les préoccupations climatiques actuelles, on pourrait oublier un peu vite les incontestables avantages du charbon. Tout d'abord, il est très abondant à la surface de la terre. Les estimations donnent aujourd'hui à penser que l'humanité dispose de plus de 160 années de consommation de charbon si la consommation se maintient à son niveau actuel. Toutefois, certaines voix se font entendre pour expliquer que le charbon n'est peut-être pas aussi abondant qu'on l'imagine. De plus la très forte croissance de la demande mondiale pourrait rapidement changer la donne et racourcir la durée de vie de l'approvisionnement en charbon.

Les gisements sont bien répartis et sont situés dans des zones politiquement stables, comme l'Australie, la Chine, les Etats Unis et l'Europe. La houille qui fut longtemps et massivement extraite du sous-sol européen reste donc présente à l'état de ressource communautaire inexploitée mais utilisable à moyen ou long terme. La répartition planétaire relativement homogène du charbon est d'ailleurs une des causes de la stabilité des prix qu'il a connue au cours de ces trente dernières années. L'exploitation du charbon européen reste, dès lors, potentiellement un des moyens qui peut être mis en œuvre pour diminuer notre dépendance énergétique (en savoir plus : le "Livre vert"). Plus particulièrement, en Wallonie, le dernier puits a fermé ses portes en 1984 et la totalité du charbon consommé est aujourd'hui importé.

Le Livre vert intitulé "Vers une stratégie européenne de sécurité d'approvisionnement européenne" aborde les questions soulevées par l'accroissement de la dépendance énergétique de l'Union : stratégie, approvisionnement, régulation du marché intérieur, relations entres les États, maîtrise des coûts, énergies alternatives, changement climatique...

Source: Commission Européenne, Direction générale de l'Energie et des Transports, (fichier au format d'échange Acrobat, 1,1 Mb)

À côté des problèmes environnementaux que pose le charbon, il faut tout de même rappeler qu'il est le seul combustible fossile dont le transport s'effectue sans risque écologique majeur. Aucune marée noire ou explosion de pipe-line ne sont à craindre avec le charbon.

Enfin, s'il est vrai que le charbon est intrinsèquement plus polluant que le pétrole ou le gaz, les techniques de combustion de la houille se sont considérablement améliorées ces dernières années. Aujourd'hui, on parle d'ailleurs de plus en plus de capturer et de séquestrer le CO2 émis par les centrales électriques ou les grandes entreprises fortement consommatrices. Ces solutions restent coûteuses et ne pourront être appliquées que dans le cas de grandes installations de combustion. A ce titre, l'Union Européenne finance aujourd'hui de nombreux projets (dont le projet CASTOR) pour tester la faisabilité technico-économique de ces solutions.

L'usage massif du charbon dans la sphère domestique appartient quant à lui, sans doute, définitivement au passé dans nos régions développées sauf si le coût de gasoil de chauffage et éventuellement du gaz naturel rendait leur accès difficile à un pourcentage croissant de la population.