Un sous-produit du pétrole?
Le bon élève environnemental?
Le gaz naturel, victime de son succès?
 

Paré de toutes les vertus, le gaz naturel


Un sous-produit du pétrole?

À l'origine, le gaz naturel était considéré comme un sous-produit gênant du pétrole, il était brûlé directement sur les sites de production à l'aide de torchères illuminant sans fin les champs pétrolifères. Ce qui peut paraître choquant, était, avec le recul de l'histoire, en fait dicté par la difficulté technique qu'il y a à transporter et à stocker le gaz naturel. S'il est facile à extraire, son transport nécessite par contre des gazoducs à haute pression (jusque 80 bars) et son stockage implique l'utilisation de techniques coûteuses. Il a ainsi fallu attendre les crises pétrolières de 1973 et 1979 pour que l'intérêt pour ce nouveau vecteur énergétique devienne réellement évident et pour que soient définitivement franchies les barrières technologiques et financières qui en freinaient l'exploitation.

Si l'exploitation du gaz naturel requiert des moyens financiers et technologiques considérables, il est par contre un peu mieux réparti sur la surface de la planète.

Carte : Réserves mondiales 2009
Source : BP Statistical Review of World Energy, June 2010

Figure : Evolution des sources d'approvisionnement en gaz naturel de la Belgique
Source : Figaz Annuaires statistiques (jusqu'en 2004)
SPF EPMECME à partir de 2005
autres: y compris marché spot, et indéterminés

Les principaux gisements ne sont en effet pas concentrés dans une seule zone géographique et l'Europe, pour quelques années encore, dispose de ses quelques réserves grâce aux gisements anglais et néerlandais. Il faut aussi signaler les gigantesques réserves situées en Russie qui feront de ce pays un partenaire énergétique d'une importance considérable pour l’Europe.

Au total, les réserves prouvées au niveau mondial se chiffrent à 169 Gtep soit plus de 60 ans de consommation au rythme actuel.

Le transport du gaz naturel se fait aujourd'hui principalement au moyen de pipe-lines ainsi qu'à l'aide de bateaux spécialement conçus pour le transport cryogénique du gaz naturel. C'est le cas du GNL (Gaz Naturel Liquéfié) qui est acheminé par méthanier jusqu'au terminal de Zeebrugge.

Figure : Centrale TGV de Seraing
Source : photoRené Vanden Berghe & Partners, ELECTRABEL


Le bon élève environnemental?

À cette abondance et à cette meilleure répartition géopolitique, il faut encore apporter au crédit du gaz naturel des avantages environnementaux non négligeables. Même s'il s'agit bien d'un combustible fossile dont l'utilisation injecte dans l'atmosphère des gaz à effet de serre dommageables à l'équilibre climatique de la planète, le gaz naturel émet moins de CO2 lors de sa combustion (en savoir plus : Facteurs d'émissions). Constitué principalement de méthane (CH4) et ne contenant pas de soufre, il n'est donc responsable d'aucune émission de dioxyde de soufre (SO2). Sa facilité d'usage, son prix attractif et le moindre coût des installations de combustion expliquent en grande partie l'engouement actuel pour ce vecteur énergétique. Ainsi, une centrale électrique au gaz naturel ne nécessite ni capacité de stockage, ni zone de préparation de combustible, ni traitement onéreux des produits de la combustion, tous postes qui grèvent lourdement la rentabilité d’un investissement. Ces avantages économiques s'ajoutent aux qualités environnementales intrinsèques du gaz naturel pour en faire l'étoile montante du paysage énergétique belge, européen. On parle même dorénavant de véhicules roulant au gaz naturel.

Il faut toutefois noter que le transport par gazoduc sur de très longues distances est à l'origine de fuites de gaz naturel, surtout lorsque l'état des conduites laisse à désirer. D'importantes quantités de méthane se retrouvent alors dans l'atmosphère, or ce gaz produit un vigoureux effet de serre, 21 fois supérieur au CO2 pris comme étalon des émissions mondiales.

Figure : Évolution de la part des combustibles dans la consommation intérieure brute
Source : ICEDD pour le SPW - DGO4


Le gaz naturel, victime de son succès?

Les avantages du gaz naturel sont à ce point évidents que, bien sûr, la demande est aujourd'hui en forte hausse, non seulement chez nous mais aussi dans l'ensemble du monde.

Dès lors, le danger existe de nous rendre très dépendants de ce combustible. La hausse des prix à laquelle on peut logiquement s'attendre suite à la forte croissance de la demande pourrait avoir des répercussions très dommageables sur nos économies. Quelles seraient les conséquences d'un éventuel choc gazier comme on en a connu pour le pétrole en 1973 et 1979? Par ailleurs, cette dépendance par rapport au gaz naturel est frappante dans le secteur de la production électrique. (en savoir plus : production électrique). Si traditionnellement les centrales électriques était alimentées en charbon, gaz naturel, fioul et uranium. La tendance est à une bipolarisation de l'approvisionnement énergétique: un talon de production nucléaire est complété par des centrales au gaz de plus en plus nombreuses et des énergies renouvelables qui apparaissent. De plus, la sortie annoncée de la filière nucléaire à partir de 2015, risque bien d'accroître encore la dépendance de notre production électrique au gaz naturel.

Malgré le bénéfice pour la limitation de nos émissions de CO2, cette situation met et mettra en péril la robustesse de notre approvisionnement énergétique.