L'ombre du pétrole plane sur un monde en crise
Transport à haut risque
 

Le Pétrole, un roi aujourd’hui contesté


L'ombre du pétrole plane sur un monde en crise

Malgré les deux premiers chocs pétroliers qui ont remis en question sa prédominance sur le marché énergétique mondial, le pétrole reste, aujourd'hui, un vecteur énergétique très difficilement contournable, tant au niveau mondial qu'au niveau belge et wallon.

Figure : Évolution de la part des combustibles dans la consommation intérieure brute
Source : ICEDD pour le SPW - DGO4

Figure : Réserves mondiales 2009
Source : BP Statistical Review of World Energy, june 2010

Durant la seconde moitié du XXème siècle, sa facilité d'usage en a fait une question stratégique mondiale, qui à elle seule permet de comprendre bon nombre des crises géopolitiques actuelles. Le Moyen-Orient qui concentre 65 % des réserves mondiales de pétrole et 31 % de la production actuelle, est ainsi devenu le lieu de tensions internationales permanentes.

L'OPEP qui totalise 40 % de la production mondiale compte d'ailleurs parmi ses membres plusieurs pays du Moyen-Orient dont (l'Arabie Saoudite, l'Iran, l'Irak, le Qatar, le Koweït et les Emirats Arabes Unis). Trois pays africains (l'Algérie, la Libye et le Nigeria), le Venezuela et l'Indonésie complètent le cartel qui a bien du mal aujourd'hui à imposer ses vues à l'ensemble des producteurs mondiaux, tant les intérêts de chacun divergent. Les gros producteurs hors OPEP sont la Russie, le Mexique et la Norvège.

Quel est l'état actuel des réserves pétrolières mondiales? Les chiffres sont l'objet de nombreuses discussions entre experts. Le BP Statistical Review estime, pour sa part, les réserves mondiales de pétrole brut à 182 Gtep (Milliards de tonnes d'équivalent pétrole) ou encore un peu plus de 1 000 milliards de barils de pétrole (une tonne de pétrole représente 7,3 barils), ce qui correspond, au rythme actuel de consommations, à des réserves pour 43 ans (en savoir plus : rareté). Les principaux gisements sont concentrés dans des zones géopolitiquement instables. C'est une des raisons de l'extrême variabilité des cours de l'or noir au cours de ces trois dernières décennies. Ils ont atteint des niveaux records au milieu de l'année 2008 à près de 150 dollars le baril (en savoir plus : Économie).

Pour certains, la fin de l’âge du pétrole (et de l'ensemble des énergies fossiles) bon marché a peut-être déjà sonné. Certains n'hésitent d'ailleurs pas à annoncer que le Peak Oil a déjà été franchi (ou est en passe de l'être) et que la production de pétrole ne pourra plus que décroître malgré tous les efforts de prospection et de recherche déployés. L'AIE a d'ailleurs reconnu en 2011 que le pic de production des pétroles conventionnels a été atteint en 2006.

Pour pallier, en partie du moins, ces incertitudes et les fluctuations de prix qui les accompagnent, les pays de l'OCDE disposent de réserves stratégiques correspondant à quelques mois de consommation. Ainsi la Belgique est tenue de pouvoir compter en permanence sur des stocks stratégiques des produits pétroliers courants équivalent à 90 jours de consommation.

C’est après la deuxième guerre mondiale que le pétrole a réussi sa magistrale percée au niveau mondial. Sa suprématie n’a été remise en cause dans certains secteurs qu’avec les premier et deuxième chocs pétroliers à l’occasion desquels les prix du brut se sont envolés.

Ces crises ont d’ailleurs ouvert la voie au développement de l’énergie nucléaire (en savoir plus : Combustible nucléaire). Indépendance énergétique et sécurité d’approvisionnement furent considérées comme des priorités.

Il faut aussi constater que si certains secteurs ont réagi aux deux premiers chocs pétroliers par une diversification de leurs approvisionnements énergétiques (centrales électriques mais aussi industries), les transports restent quant à eux extrêment consommateurs de pétrole. La route dépend presqu'exclusivement de ce combustible et on voit difficilement quelle alternative pourrait rapidement le remplacer. Le transport routier est aujourd'hui le secteur le plus 'accro' au pétrole, c'est aussi celui où les consommations croissent le plus vite et c'est là où les possibilités de substitution sont les plus faibles.

Certains rêvent pourtant de remplacer le pétrole par des agrocarburants mais cela risque bien de fragiliser dangereusement toute la sécurité alimentaire mondiale. D'autres imaginent que l'hydrogène (produit à partir d'énergie nucléaire ou renouvelable) sera le combustible universel de demain ou... d'après-demain. Cela demanderait en effet des percées technologiques majeures et une modification profonde du parc automobile et de l'ensemble de l'industrie dont elle dépend (pensons uniquement à tout le réseau de stations-services qui devrait totalement transformé, ..) sans compter que cela demanderait de développer de façon prodigieuse le nucléaire et/ou le renouvelable.

Figure : Évolution des prix du pétrole brut depuis 1861
Source : BP Statistical Review of World Energy 2011

 


Transport à haut risque

Le transport du pétrole des pays producteurs vers les principaux consommateurs (États Unis, Europe, Japon) reste très largement dominé par la voie maritime. De spectaculaires marées noires ont rendu ce mode de transport très peu populaire et ont accru fortement la pression pour que soient renforcées les mesures de sécurité à bord des pétroliers. Il s'en est suivi une hausse des coûts du transport maritime qui garde malgré tout les faveurs des principaux opérateurs. Le transport par oléoducs n'est pas sans danger non plus. Leur tracé fait l'objet d'intenses tractations et de luttes sans merci entre les grandes puissances du monde.