185 000 kilomètres de lignes pour acheminer l'électricité
Production et consommation, un équilibre constant
La libéralisation, le grand chambardement
Un peu d’histoire
Le câble, aérien ou souterrain ?
Lecture en deux décennies
La Wallonie, exportatrice d'électricité
Électricité par habitant
 

Le transport de l'électricité


185 000 kilomètres de lignes pour transporter et distribuer l'électricité

Instantanée et propre, l’électricité est la forme d’énergie la plus élaborée et la plus polyvalente dont nous disposons. En Belgique et en Wallonie, rares sont aujourd'hui les endroits non desservis par du courant. Pylônes et câbles électriques ne font-ils pas partie du paysage? En revanche, l'électricité présente l'inconvénient de ne pouvoir être stockée. Son réseau de transport et de distribution revêt donc une importance capitale. De la centrale de production au consommateur, l’électricité parcourt des kilomètres sur un réseau maillé. Quelles sont ses spécificités ? Quelle a été son évolution ces vingt-cinq dernières années ? Quel a été l’impact de la libéralisation? Autant de questions liées au transport et à la distribution de l’électricité.

Figure : Centrale hydraulique de Coo
Source : Electrabel


Production et consommation, un équilibre constant

L’électricité ne se stocke pas, ou très difficilement, il faut donc en permanence faire coïncider la production et la demande électrique. Les seules capacités de stockage sont la centrale de pompage de Coo ainsi que, dans une moindre mesure, celle de la Platte-Taille (voir aussi la carte des centrales de production). Historiquement, leur existence est liée aux centrales nucléaires qui sont très peu flexibles et qui demandent de travailler en permanence près de leur régime nominal. Lors des creux de demande et parce qu'on ne peut faire varier la production nucléaire, l’électricité en excès est, en quelque sorte, stockée en pompant de l’eau qui remplit le bassin supérieur de la centrale de Coo. Cette énergie est ensuite restituée lors des pointes de consommation en vidant l’eau accumulée à travers une turbine hydraulique. De leur côté, les centrales thermiques (charbon, pétrole, gaz naturel), les unités de cogénération et les centrales hydrauliques peuvent moduler leur production. Adapter la production à la demande demande donc d’agir en permanence sur la charge des centrales classiques et sur le pompage de Coo.

On devine immédiatement la difficulté que représente le maintien de cet équilibre délicat entre offre et demande, puisqu’en permanence une consommation électrique accrue ou réduite (allumer ou éteindre une lampe de bureau, par exemple) doit être compensée par une augmentation ou une baisse de régime du parc électrique. Auparavant, cette adéquation était assurée par un seul opérateur, la CPTE. Son centre nerveux de Linkebeek voyait en temps réel les consommations et pouvait agir en demandant à telle ou telle centrale thermique d’augmenter ou de baisser sa production et à Coo de pomper ou de turbiner. De leur côté, les Intercommunales assuraient la distribution et la vente du courant électrique aux consommateurs finaux, à l’exception des plus gros d’entre eux qui s’alimentaient directement auprès d’Electrabel depuis le réseau de transport à haute tension.


La libéralisation, le grand chambardement

Avec la libéralisation, la situation change radicalement. Alors qu’hier, le secteur était intégré verticalement. Production, transport, distribution et vente d’électricité sont désormais gérés distinctement. C’est le principe de l’unbundling (de l’anglais unbundle qui signifie séparer, dégrouper). De la sorte, dès qu’il devient éligible (dès qu’il a accès au marché libéralisé), un consommateur peut acheter de l’électricité à tout fournisseur reconnu. Celui-ci peut être un producteur d’électricité ou n’importe quelle autre entreprise reconnue. Le particulier peut désormais acheter ses kWh à au fournisseur de son choix.

Pour délivrer au réseau l’énergie nécessaire, les fournisseurs font alors appel à des producteurs, c’est-à-dire à Electrabel, à la SPE mais aussi à EDF, à RWE, à d’autres producteurs ou encore au marché spot.

Un rôle de coordination est confié à un Gestionnaire du Réseau de Transport (GRT), en l’occurrence, la société Elia. Elle suit en permanence la demande électrique appelée sur le réseau. Pour ce faire, les fournisseurs communiquent à Elia leur programme d'achat et de livraison et donc aussi de transport d’électricité du lendemain. En cas de besoins, Elia corrige les déséquilibres entre offre et demande en achetant ou en vendant sur le marché l’énergie nécessaire. Ces surcoûts sont bien sûr répercutés sur le fournisseur imprévoyant.

Enfin, pour garantir un fonctionnement optimum des marchés, des organes de régulation ont été mis en place par les autorités publiques. Au niveau fédéral, il s’agit de la CREG qui a deux rôles essentiels à assurer: une mission de conseil auprès des autorités publiques et une mission de surveillance et de contrôle de l'application des lois et règlements. Au niveau wallon, il s’agit de la CWAPE. Elle est l’organe de régulation, de contrôle et de transparence du marché wallon de l’électricité et du gaz qui doit éviter tout abus de position dominante.


Un peu d’histoire

Un bref rappel historique est utile pour mettre en lumière l’ampleur du changement lié à la distribution de l’électricité. Au départ, la loi belge a confié cette tâche aux communes. Ce principe a cependant beaucoup évolué dans la pratique sous l’effet de la technicité considérable exigée par la gestion du réseau, en liaison étroite avec la production. Pour répondre à la situation, la grande majorité des villes et communes ont constitué des intercommunales, sociétés de droit public contrôlant la fourniture de l’électricité sur des étendues plus ou moins importantes du territoire, qui sont représentées sur la carte.

Deux catégories d’intercommunales doivent être distinguées :

  • Le territoire wallon dénombre neuf intercommunales dites "mixtes", c’est-à-dire qu'elles sont associées par un contrat de gestion commerciale et d’exploitation technique au groupe Electrabel.
  • Quatre intercommunales sont dites " pures " au sens où elles gèrent et exploitent elles-mêmes la distribution – sans intervention du privé. La plus importante d'entre elle est l’ALE – Association Liégeoise de l’Electricité..

Les Intercommunales, qui sont devenues les GRD (Gestionnaire du Réseau de Distribution), garderont le monopole de la distribution, mais pas de la vente. Elles seront uniquement chargées d’acheminer l’électricité du réseau de transport haute tension vers le client final. L'ensemble des Intercommunales mixtes est dorénavant regroupé dans une seule structure ORES. L'ALE s'appele quant à elle RESA et appartient au groupe Tecteo.

Consultez le glossaire pour accéder à la liste complète des Intercommunales et à leurs coordonnées.

La carte du "transport d'énergie" complète l'information à ce sujet en situant les "zones d'influence" des Intercommunales.

Figure : pose liaison souterraine 150 kV
Source : Electrabel


Le câble, aérien ou souterrain ?

Compte tenu du rôle majeur joué par les trois centrales nucléaires de Tihange, qui assurent près des trois quarts de la production électrique wallonne (en savoir plus : production électrique), toute la structure du réseau de transport en haute tension s’articule autour d'un nœud constitué par le poste de transformation "Gramme". Sur la carte, le maillage des lignes à très haute tension de 380 kilovolts (kV) et des lignes à haute tension de 220, 150 ou 70 kV forme les principales artères du réseau national de transport. En Belgique, au 01 janvier 2005, les lignes à haute tension (de 30 à 380 kV) s’étendent sur près de 8 300 km dont 890 km en très haute tension (380 kV), auxquelles s’ajoutent 177 000 km de réseaux de moyenne et de basse tension qui se ramifient de plus en plus pour fournir les consommateurs individuels. On notera que les lignes à 380 et 220 kV sont exclusivement aériennes, celles à 150 et 70 kV le sont à près de 95 %, mais, au fur et à mesure que l’on descend dans les niveaux de tension, particulièrement en milieu urbain, le réseau est fréquemment enterré.

Il est certain que les lignes électriques à haute tension sont responsables de nuisances paysagères et qu'elles suscitent beaucoup d'opposition de la part de leurs riverains. Aujourd’hui, une solution élegante consiste à enterrer les câbles. Cette pratique, techniquement réalisable jusque 150 kV, est plus esthétique mais elle est aussi beaucoup plus onéreuse. Un bel exemple en est la toute nouvelle liaison souterraine Tihange - Avernas qui alimente, depuis la fin de l'année 2003, en 150 kV le TGV Bruxelles- Liège - Cologne.

La carte des "réseaux électriques" donne un aperçu de l'état de développement de notre réseau électrique. Elle fournit, en outre, une information ponctuelle pour chaque centre de production électrique en Wallonie.


Lecture en deux décennies

Comment le transport d’électricité a-t-il évolué au cours des deux dernières décennies? La longueur totale du réseau belge est passée de 136 000 km en 1980 à 185 000 km en 2005, soit 50 000 km de plus. Cette augmentation s’est surtout traduite par du câblage souterrain en basse tension, alors que le réseau des lignes aériennes et à haute tension n’a presque pas évolué en vingt ans.

Aujourd'hui pourtant, les gestionnaires de réseaux mais aussi les producteurs insistent pour que soient construites d'urgence de nouvelles lignes qui pourront faire face aux augmentations de la consommation mais aussi répondre aux exigences nouvelles qu'impliquent le recours de plus en plus massif aux énergies renouvelables. Ces nouveaux besoins risquent fort de susciter de nombreuses oppositions de la part des riverains habitant à proximité des futures lignes à haute tension.


La Wallonie, exportatrice d'électricité

Produite, transportée puis distribuée, l’électricité a pour finalité d’être consommée. En quelle quantité ? En 2010, la consommation totale d’électricité (haute et basse tensions confondues) de la région wallonne était de 24,7 TWh (Térawattheure). La part wallonne représente 30 % de la consommation nationale. Cependant, la Wallonie produit plus qu’elle ne consomme. Ainsi en 2010, sur un total de 35,7 TWh d’électricité produite en Wallonie, près de 9 TWh ont été exportés vers les régions limitrophes. De 1990 à 2010, le taux de croissance de la consommation électrique wallonne a été de 38 %. La consommation d'électricité se caractérise donc pas une croissance continue due aux proporiétaires extraordinaires de cette forme d'énergie. Elle se transporte et se consomme facilement. Là où elle est consommée, elle ne génère aucune pollution et surtout elle se prête bien à tous les usages énergétiques (éclairage, force motrice, chauffage,...).

Pour plus d’informations, il est possible de retrouver la consommation électrique éclatée dans chacun des secteurs analysés : industriel, tertiaire, résidentiel.

Carte : Consommation d'électricité dans l'Union européenne
Sources : Eurostat, ICEDD, DGSIE


Électricité par habitant

Pour ce qui est des consommations annuelles totales d’électricité par habitant, il faut signaler que la Wallonie se classe parmi les gros consommateurs d’électricité avec 6 600 kWh en 2009. Ainsi, elle se place nettement au-dessus de la moyenne de l’Europe des 15 (6 100 kWh) ou des 27 (5 500 kWh). La raison essentielle en est le poids important de l’industrie dans le bilan énergétique de la région. Ce taux reste toutefois inférieur à celui de la Belgique prise dans son ensemble (7 200 kWh). Les chiffres belges sont, en effet, encore tirés vers le haut par l’activité économique flamande, grosse consommatrice d’électricité.