Gaz naturel, étoile montante au pays du nucléaire
Vingt-cinq ans d'histoire
La production nucléaire en croissance
Leader européen après la France
Combustibles fossiles, un appoint
Hydrauliques, nombreuses mais marginales
Le challenge du renouvelable
Gaz naturel et TGV: le choix du jour
Prospective et questions
Kyoto, sortie du nucléaire et consommation croissante : une trilogie infernale
Logique financière du nucléaire
Vers un choc gazier ?
Un talon de charbon
La nécessaire montée en puissance du renouvelable
 

 

Production électrique


Gaz naturel, étoile montante au pays du nucléaire ?

Le paysage wallon de la production électrique reste, aujourd'hui encore, dominé par le nucléaire. Près de 67  % de la production d’électricité wallonne provient des trois réacteurs nucléaires de la centrale de Tihange, soit une production de 23 703 GWh en 2010. Le solde de la production d’électricité est réalisé par de nombreuses unités, diversifiées tant par les procédés de production (TGV, thermique, hydraulique, de secours, cogénération,…) que par les capacités de production. Dans la production non nucléaire aussi, certains poids lourds dominent. La production des TGV d'Angleur (110MW), de Seraing (460 MW), de Saint-Ghislain (350MW) et d'Amercoeur (420MW) se monte à 6 979 GWh en 2010.


Vingt-cinq ans d'histoire

En vingt-cinq ans, le parc des centrales électriques a fortement évolué. Deux tendances majeures émergent :

D'une part, les années 80 ont été marquées par l’entrée en force du nucléaire dans la production électrique. Le démarrage de Tihange 2 en 1983 et de Tihange 3 en 1986 fait passer la production électrique d’origine nucléaire en Wallonie de 4 400GWh en 1976 à près de 21 400 GWh en 1990 et 23 703  GWh en 2010.

D'autre part, avec le lancement à Seraing en 1994, puis à Saint-Ghislain en 1998 et plus récemment à Amercoeur en 2009, les TGV constituent l’innovation des années 90 intronisant le gaz naturel comme vecteur énergétique de choix devant les combustibles solides. Ces centrales ont remplacé une série d'anciennes centrales au charbon, telles les tranches 1-2-3 des Awirs, Marchienne, Baudour et Bressoux.

Enfin, on note depuis quelques années, la montée en puissance de la production électrique d'origine renouvelable, que ce soit via un nombre sans cesse croissant d'éoliennes ou par un recours accru à la biomasse. Une ancienne tranche de la centrale des Awirs a ainsi été convertie pour ne plus brûler que des pellets de bois importés. Le photovoltaïque, quant à lui, démarre seulement son développement et ne représente encore qu'une part extrêmement faible de la production électrique wallonne.

à propos de la déclaration officielle du gouvernement fédéral relative à l'abandon progressif de l'énergie nucléaire par la Belgique.

à propos du Conseil des ministres restreint du 4 juillet 2012 qui propose de prolonger Tihange1 de dix ans.


La production nucléaire à la croisée des chemins

En Belgique et plus encore en Wallonie, la production électrique nette d’origine nucléaire a été marquée par une forte croissance durant les années 80. Toutefois, l’accident de Tchernobyl de 1986 a entraîné le gel de tout nouveau projet de construction. L’année 1986, fut d’ailleurs, concours de circonstances, également marquée par le démarrage de Tihange 3, troisième réacteur nucléaire en Région wallonne. Ce n’est qu’en 1988, suite au moratoire belge sur le développement de la production nucléaire, que la production se stabilise pour repartir à la hausse au milieu des années 90, grâce à l’augmentation de puissance unitaire des différents réacteurs. Enfin en 2003, le Gouvernement fédéral a pris la décision d'arrêter les différentes centrales nucléaires dès qu'elles auront atteint l'âge de 40 ans, soit entre 2015 et 2025. Actuellement (juillet 2012), l'avenir de la filière nucléaire est toujours en discussion quant à savoir s'il faut ou non l'arrêter définitivement ou encore s'il faut prolonger l'exploitation de quelques années le temps de mettre en place les moyens de production alternatifs; ce que vient de proposer le Conseil des ministres restreint du 4 juillet 2012. "Deux centrales nucléaires seront fermées en 2015 : Doel 1 et Doel 2. Tihange 1 sera prolongée de dix ans, afin d’éviter le risque que 500.000 à 1 million d’habitants ne soient plongés dans le noir à certains moments pendant l’hiver" peut-on lire sur le site du premier ministre belge.

Cela étant, au cours de l’année 2010, la production belge d’électricité d’origine nucléaire a atteint 45,7 TWh. Ce qui, au niveau wallon, correspond à 23,7 TWh.

Figure : Évolution de la production électrique belge par vecteur
Sources : FPE (jusqu'en 1989), SPF EPMECME (1990 et suivantes)



Lien vers la figure "Évolution de la production nette d'électricité d'origine nucléaire (cfr article "La longue marche de l’atome" du chapitre approvisionnement nucléaire)


Leader européen après la France

Battant tous les records européens de la production nucléaire, la France avec 76 % de l’électricité produite est le seul pays de l'Europe des 15 où le nucléaire joue proportionnellement un rôle plus important qu’en Wallonie. La moyenne dans l'Europe des 15 se situe quant à elle à 29 %.

Carte : Part de l'électricité nucléaire dans la production totale d'électricité dans l'Union européenne
Sources : Eurostat, FPE


Combustibles fossiles, un appoint

En 2007, les centrales électriques à énergies fossiles (charbon, fuel, gaz naturel ) ont produit 6 100 GWh. Ce parc 'fossile' a essentiellement une vocation d’appoint, rendu nécessaire par l'inertie des centrales nucléaires qui ne peuvent pas suivre les variations rapides de la demande électrique. A ce chiffre, il faut encore ajouter la production électrique renouvelable et celle issue d'unités de cogénération.

Figure: Part des énergies fossiles et nucléaire dans la production électrique wallonne des producteurs distributeurs (données 2007, hors partenariat)
* L'énergie produite par une centrale correspond à sa puissance multipliée par sa durée d'utilisation. Une utilisation à 100 % représente 8760 heures par an.
Sources : FPE, Electrabel, SPE

Figure: Centrale hydroélectrique de Coo
Source : Electrabel


Hydrauliques, nombreuses mais marginales

Très visible sur la carte, la centrale de Coo dispose d'une puissance installée impressionnante de 1164 MW si on la compare aux autres unités hydroélectriques qui sont beaucoup plus petites (entre 0,1 et 18 MW). Mais à la différence des autres centrales hydrauliques classiques, la centrale de Coo est équipée d'une turbine hydraulique et d'une unité de pompage d'eau. Son rôle est étroitement lié à celui de Tihange. Les réacteurs nucléaires ne pouvant pas suivre les variations de demande du réseau électrique, ils doivent maintenir leur production au dessus d’un niveau incompressible. Pendant les creux de demande électrique, l’énergie électrique d'origine nucléaire est "stockée" en accumulant de l'eau pompée du bassin inférieur vers le bassin supérieur de Coo pour être restituée au moment des pointes de consommation ou en cas de problème technique sur d’autres unités de production.

La carte des "Réseaux électriques" renvoie l'image synthétique des principaux réseaux de transport d'énergie en Wallonie et délivre une information ponctuelle de base relative aux principaux centres de production électrique.

La liste des centrales électriques fournit, en complément à la lecture de la carte, la synthèse de l'information présentée sur la carte.


Le challenge du renouvelable

En forte croissance, les énergies renouvelables commencent à peser dans le panier 'électrique' puisqu'elles représentent plus de 10% de la consommation d’électricité en 2010.

Le décret sur la libéralisation du marché de l’électricité devrait modifier sensiblement cette situation. En effet, à l’horizon 2010, il est prévu que 23 % de la production électrique wallonne sera verte (renouvelable ou cogénération de qualité). C'est un défi considérable que devrait faciliter la mise en place du système des certificats verts.

Avant, l'essentiel de la production électrique d'origine renouvelable est le fait des centrales hydrauliques et de certaines installations thermiques utilisant la biomasse comme énergie primaire. Depuis que le système des certificats verts commencent à porter réellement ses fruits, les chiffres de production électrique renouvelable montrent une progression constante. A partir de 2005, on peut ainsi compter sur de nombreuses installations éoliennes et sur la reconversion de la tranche 4 des Awirs qui brûle, depuis septembre de cette même année, uniquement des granulés de bois. En 2010, ce ne sont pas moins de 2 689 GWh d'électricité verte qui ont été produits (dont 26% par des installations thermiques biomasses; 26% par des éoliennes, 11% par des installations hydroélectriques).

Lire l'article intitulé "Un décret pour libéraliser l'électricité et promouvoir le renouvelable" du chapitre consacré aux énergies renouvelables

Figure : Évolution envisagée de la proportion d’électricité verte dans la consommation d’électricité en Wallonie
Source : Plan pour la maîtrise durable de l’énergie, ICEDD

Figure : Évolution envisagée de la proportion de chaleur d'origine renouvelable dans la consommation d’électricité en Wallonie
Source : Plan pour la maîtrise durable de l’énergie, ICEDD

Figure : Centrale TGV de Seraing
Source : photos René Vanden Berghe & Partners, ELECTRABEL


Gaz naturel et TGV : le choix du jour

Situées principalement le long du sillon Sambre et Meuse, les centrales les plus puissantes (TGV, thermiques classiques,…) hors nucléaires sont alimentées majoritairement par du gaz naturel (vecteur en pleine croissance), des combustibles solides comme le charbon (vecteur en décroissance) et pour une part marginale des combustibles liquides, comme le fuel lourd.

En 10 ans, on a assisté à un basculement complet des sources d’approvisionnement des centrales à combustibles fossiles. Fait marquant en 2010, le charbon n'est plus utilisé pour la production électrique wallonne alors que le gaz naturel se hisse à 23,6% (l'essentiel du solde, faut-il le rappeler est d'origine nucléaire).


Prospective et questions

Kyoto, sortie du nucléaire et consommation croissante : une trilogie infernale

La demande électrique est en hausse depuis le début de l'électrification du pays. Le nucléaire était une réponse à cette croissance des consommations. En mars 2002, le Gouvernement fédéral a décidé l’arrêt de la filière nucléaire entre 2015 et 2025 soit quand les centrales auront atteint l’âge de 40 ans (pour en savoir plus, voir la déclaration officielle du gouvernement fédéral relative à l'abandon progressif de l'énergie nucléaire par la Belgique). Comme cette technologie n’émet pas de CO2, réussir la sortie du nucléaire tout en respectant les exigences du Protocole de Kyoto représente un défi majeur. Il ne pourra être atteint sans réduire nos consommations globales d’énergie. Cela demandera à tous les acteurs d’agir, chacun à leur niveau (Voir aussi le Plan pour la maîtrise durable de l’énergie – fichier au format d'échange Acrobat, 600 Kb).

Logique financière du nucléaire

Les centrales nucléaires coûtent cher en investissement de départ mais une fois amorties, elles produisent de l’électricité à un tarif intéressant et concurrentiel.
Revers de la médaille, l'importance des investissements pèse sur l'avenir du nucléaire. Quel financier souhaite investir aujourd’hui dans une technologie qui produira ses premiers kWh dans 10 ou 15 ans, au mieux, quand d’autres technologies plus performantes et moins chères seront présentes sur le marché? Dans nos pays, la libéralisation des marchés et sa logique financière est donc aujourd’hui peu compatible avec un nouvel essor du nucléaire.

Vers un choc gazier ?

La montée en puissance du gaz naturel dans la production électrique par les TGV est un fait incontestable. Toujours émettrices de gaz à effet de serre bien que dans une moindre mesure que les technologies au charbon, elles ne permettent de répondre que temporairement aux exigences de Kyoto. La hausse de la consommation aura tôt fait d’effacer le gain en émissions de CO2 qu’elles auront permis de réaliser. De plus, l'engouement pour ce combustible, importé de Norvège, d’Algérie, des Pays Bas et bientôt de l’ex-URSS, ne renforce ni le degré d'indépendance énergétique, ni la sécurité d'approvisionnement de la Wallonie, de la Belgique et de l’Europe (Voir aussi le "Livre vert" – fichier au format d'échange Acrobat, 1,1 Mb – de la Commission). Le risque d’un choc gazier, au même titre que ce qui s’est passé dans les années septante avec le pétrole, existe, et la certitude d’une hausse structurelle des prix du gaz naturel se renforce de jour en jour.

Un talon de charbon

Dans ce contexte, le charbon offre-t-il plus d’avenir ? Combustible aux réserves considérables, la pollution dont il est responsable serait nettement " maîtrisable", si comme en rêve certains il était possible, à une échelle industrielle, de capter et de stocker le CO2 produit lors de sa combustion. Mais aujourd’hui, les centrales électriques et quelques grosses industries seraient les seuls endroits où ce combustible abondant, relativement bon marché et dont le transport n’implique aucun risque de marée noire pourrait être brûlé dans des conditions environnementales satisfaisantes (stockage du CO2 mais aussi désulfuration des fumées,...).

La nécessaire montée en puissance du renouvelable

Une chose est sûre, un jour ou l'autre l'homme ne pourra plus compter que sur le flux solaire pour répondre à ses besoins énergétiques. Les réserves de pétrole et de gaz naturel sont (ou seront prochainement) déclinantes. L'uranium et le charbon ne seront pas inépuisables non plus et leur utilisation massive poserait de colossaux problèmes environnementaux ou de sécurité.

Dès lors, c'est bien l'énergie solaire, sous toutes ses formes, qui devra prendre le relais. Qu'il s'agisse de la biomasse, des éoliennes ou encore des panneaux photovoltaïques. D'ici là, des grands efforts de recherches et des investissements considérables devront être réalisés pour rendre viables ces solutions qui, elles, seront résolument durables.